
Dans la tribu, le tatouage était réservé aux classes dominantes et aux guerriers. Le plus souvent, il servait à intimider, séduire ou identifier. Mais dans certains cas, il avait un rôle lié
à la magie.
Il en est ainsi du "mata'epo" (traduction : l'oeil sale), une barre sombre qui couvrait souvent un oeil, parfois les deux. Ce tatouage était utilisé par les sorciers qui disposaient d'un pouvoir
particulier. Ce sorcier pouvait voir l'esprit d'un individu, quitter le corps de celui-ci à sa mort et ainsi, il pouvait intervenir pour le dissuader de partir, entraînant alors une sorte de
résurrection.
La bande noire qui barrait le visage était un rempart empêchant tout autre individu de voir dans les yeux du sorcier, l'image de l'esprit fuyant...
Ce sorcier était doté d'un pouvoir, qui se transmettait à un individu désigné héritier par lui-même, lors de sa mort.
Le corps du sorcier défunt était alors gardé sur un "hae tupapahu"(maison du mort) et lorsqu'il gonflait, de longs massages en expulsaient par les voies naturelles, l'intérieur ...
On enduisait l'élu de ces "produits putréfiés" et il prenait le pouvoir du sorcier défunt...
Beaucoup de Marquisiens prennent toujours très au sérieux ces croyances et leurs dérivés. Un de mes amis, qui voulait se faire tatouer le visage, a vu sa mère, très au fait de la tradition,
s'opposer à cette initiative:" moi vivante, tu ne te feras pas tatouer le visage; tu n'as pas été initié et tu courrais de grands dangers!"
Il y a toujours, dans cette société très chrétienne, une sous-jacence tribale...
Un autre ami Marquisien et sa compagne sont allés, il y a peu, dans une petite île isolée de l'archipel. Ils ont été surpris, malgré leur respect habituel de la tradition, en voyant à quel point
leurs hôtes (et toute la population locale) étaient imprégnés des anciennes superstitions. On leur a donné, dès le matin, du liquide de fermentation du fruit de l'arbre à pain, pour qu'ils en
boivent et s'enduisent le visage de ce rempart aux "pa'io'io" ...des troubles de l'esprit liés à des causes magiques.

Tahiaoatapu me racontait hier soir, qu'une de ses amies qui avait besoin de noix de coco, était allée en chercher sur les terres de son mari sans lui demander l'autorisation...et elle qui se
portait bien, fut frappée, dès son retour par des troubles importants. Elle expliqua son problème à une parente qui lui conseilla d'aller raconter tout au propriétaire des cocotiers, ce qu'elle
fit.
Les problèmes disparurent!