alternance d'articles touchant à l'histoire des Marquises et rencontres avec le discours actuel de la rue marquisienne.
ARO, le sculpteur qui murmure à l’oreille des pierres…
La plupart des sculpteurs marquisiens, soucieux de respecter la tradition et très intégrés dans une attitude d’imitation, créent des objets ressemblant aux modèles de leurs anciens prédécesseurs…
On a souvent envie de considérer qu’ils oeuvrent comme des artisans de l’art, dans la docilité et la conformité, plutôt que comme des artistes en quête d’émotions.
Lorsque l’on arrive chez ARO, le look du personnage et du cadre qu’il a organisé autour de sa vie, nous évoque les accents musicaux d’un Jimi Hendrix, et l’on cherche la présence d’une Harley-Davidson ou d’une guitare électrique. Un certain nombre d’éléments évoquent l’époque des grands festivals….
ARO, prend régulièrement plaisir à caresser ou à peigner sa barbe dont il fait remarquer qu’elle est blanche maintenant mais « pas encore tombée ».
Ce sculpteur travaille essentiellement avec la pierre… la pierre de qualité aux couleurs exceptionnelles qu’il va chercher sur les plages et dans la brousse ; le poids important de certains de ses enfants adoptifs demande vraisemblablement force et courage.
Ensuite, le sculpteur dispose ces nouvelles adoptions dans des endroits éclairés, dans des lieux chargés de magie, en attendant le coup de foudre.
Il nous rappelle une rencontre où le désir suscité par la pierre s’est fait attendre… « je suis allé la voir plusieurs fois ; on se regardait comme des étrangers… et puis, comme un amant qui vient stigmatiser la fièvre dans un couple, un lézard est apparu au sommet de la pierre et la séduction a fait le reste. La pierre est devenue un oiseau… et l’oiseau un pupitre dans la petite église de Hakamaii. »
ARO dispose d’ une collection importante de pierres taillées qui lui viennent de ses ancêtres. Les herminettes, outils à tout faire, qui ont pioché, gratté mais aussi exécuté et découpé les victimes qui agrémentaient la vie des tribus à Ua Pou, se serrent les coudes dans une vitrine.
Les sculptures de ARO attirent la main ; on caresse sans retenue la tiédeur et le velours des objets.
Mais le plus étonnant, chez cet artiste, c’est la gestion de l’espace avec des courbes élégantes, originales… presque érotiques. Lorsque les yeux suivent un « autre chemin » et que la main, complice du détour réalise les spirales de l’artiste…
Les œuvres de ARO ont malheureusement été disséminées… il faut bien vendre pour vivre.